Retour sur l’Assemblée climatique des femmes, Yaoundé (Cameroun), du 5 au 8 octobre 2026
L’Assemblée climatique des femmes s’est tenue à Yaoundé, au Cameroun, du 5 au 8 octobre 2026. Pendant quatre jours, elle a réuni des militantes, des agricultrices, des jeunes leaders et des organisations communautaires venues de plusieurs pays africains. Toutes partagent une même conviction : les femmes qui vivent la crise climatique en première ligne ne sont pas de simples victimes, mais des actrices du changement.
Le Réseau de la Jeunesse Nigérienne sur les Changements Climatiques (RJNCC) y a porté la voix du Niger. Rakiatou Ibrahim Garba, pour le RJNCC, et Massaouda Yahaya, au nom des communautés de Kandadji, y ont ainsi partagé l’expérience de la campagne contre les financements de la Banque africaine de développement (BAD), à travers le cas du barrage de Kandadji.
Un constat que le Sahel connaît bien
Au Niger comme dans tout le Sahel, le dérèglement climatique ne se lit pas dans les rapports : il se vit dans les champs. Pluies irrégulières, sécheresses, inondations, terres qui s’appauvrissent. Ce sont souvent les femmes qui en subissent les premières conséquences. Elles cultivent, récoltent, puisent l’eau, nourrissent les familles et préservent les semences, mais elles restent rarement présentes là où se prennent les décisions qui les concernent.
C’est ce paradoxe que l’Assemblée de Yaoundé a placé au cœur de ses échanges : celles qui portent la résilience des communautés doivent aussi porter les solutions, et être entendues.
Kandadji : quand la lutte des femmes devient un exemple pour le continent
Au cœur de la participation du Niger, un partage d’expérience en plénière sur la campagne pour les réparations liées aux financements de la BAD. Cette campagne est portée par l’alliance féministe Womin, avec des partenaires dans sept pays où la banque a financé des barrages hydroélectriques : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Cameroun, le Gabon, la Guinée et la Côte d’Ivoire.
Le Niger y est présent à travers le barrage de Kandadji, dans la région de Tillabéry. Rakiatou Ibrahim Garba a présenté, au nom du RJNCC, le travail mené auprès des communautés touchées, notamment la mise en place de l’Alliance Communautaire des Femmes (ACF) de Kandadji, un espace où les femmes s’organisent pour défendre leurs droits, leurs terres et leurs moyens de subsistance.
Le moment fort de ce partage : la prise de parole de Massaouda Yahaya, qui s’est exprimée au nom des communautés de Kandadji. Devant l’Assemblée, elle a raconté les conflits que le projet a fait naître et la lutte des femmes de Kandadji. Une parole directe, qui a rappelé que les « grands projets de développement » ont un visage humain, et que ce visage est souvent celui de femmes qui perdent leurs terres et leurs repères.
Cette expérience dépasse le seul cas nigérien : elle montre que l’organisation communautaire, la documentation des impacts et le plaidoyer collectif peuvent faire valoir le droit à la réparation.
Trois messages forts portés par le Niger
La délégation nigérienne est venue à Yaoundé avec une conviction : la justice climatique sera portée par les femmes et ancrée dans les territoires, ou elle ne sera pas. Trois priorités ont guidé sa participation.
1. Le leadership des femmes. Il n’y a pas de politique climatique crédible sans la participation réelle des femmes à sa conception. Les consultations à venir dans les régions du Niger, avec des agricultrices, des jeunes, des activistes et des organisations communautaires, déboucheront sur un document de plaidoyer destiné aux décideurs nationaux.
2. Des actrices de changement, pas seulement des bénéficiaires. Les femmes ne sont pas un public à « accompagner » : elles innovent, organisent, transmettent. L’agroécologie et l’agroforesterie, par exemple, s’appuient depuis longtemps sur leurs savoirs.
3. Redevabilité et réparation. Ceux qui portent la plus lourde responsabilité dans la crise climatique et dans ses impacts doivent en répondre. L’expérience de Kandadji en est aujourd’hui l’illustration la plus concrète, et le Niger entend contribuer à faire avancer les mécanismes de redevabilité et de réparation.
De Yaoundé aux villages du Niger
Une assemblée n’a de sens que si elle se prolonge sur le terrain. D’octobre 2026 à mai 2027, le plan d’action du Niger se déploiera à deux niveaux :
- Au niveau national : Consultation nationale (femmes et jeunes agricultrices, activistes, organisations communautaires) , Assemblées villageoises de femmes et de jeunes sur le changement climatique, Formations pratiques en agroécologie et agroforesterie, organisation nationale, formation politique, plaidoyer et documentation des expériences.
- Au niveau régional : participation aux grands rendez-vous climatiques, dont la COP, à l’Assemblée nationale de la WCA, et mobilisation lors de la semaine d’action régionale.
Ce que Yaoundé change
Ce que le Niger a puisé dans ces quatre jours, c’est une énergie collective, des alliances avec des sœurs de plusieurs pays confrontées aux mêmes réalités, et la confirmation que ses priorités sont partagées bien au-delà de ses frontières. Un mouvement s’est renforcé : celui de femmes africaines qui se reconnaissent, s’organisent et avancent ensemble.
La suite : construire avec vous
Le RJNCC invite les femmes, les jeunes, les organisations communautaires et les partenaires à se joindre à cette dynamique. Les consultations régionales, les assemblées villageoises et les formations à venir seront autant d’occasions de faire entendre les voix du Niger.
Parce que la justice climatique se construit aussi à hauteur de village, rejoignez le mouvement.
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